Vous avez dit convertisseurs ?

Photo - Copyright Evan FORGET

Après un an et demi de pratique exclusive de ma focale de prédilection qu'est le 35mm, le FUJIFILM X100T s'est intégralement incrusté dans ma pratique photographique et il me semble désormais très difficile de pouvoir travailler avec un boitier à objectifs interchangeables. Comme beaucoup en ont conclu : Le X100T adopte son propriétaire et non l'inverse. Avec le X100T, cela passe ou casse car sa philosophie est particulière tout comme les M de LEICA. Compact, discret, silencieux, léger, mon geste photographique est devenu naturel en me permettant sans prise de tête de mener des reportages n'importe où et je lui doit notamment aujourd'hui de pouvoir me consacrer à l'architecture religieuse en plein Paris ou bien encore ma conversion réussie à la photographie urbaine en extérieur. Cantonné jusqu'alors au 35mm, j'avais pourtant acheté en avril 2015 le convertisseur grand angle qui n'a jamais servi jusqu'à ce jour et en ce début de juin 2016, le téléconvertisseur est venu enrichir mes accessoires. A 600 euros les deux convertisseurs, la somme n'est pas anodine et ces achats répartis sur une période de 13 mois vont pouvoir prendre toute leur signification à partir de maintenant.

Dorénavant en possession d'un ensemble complet "de poche", il faut bien se mettre à l'évidence que le X100T défend une philosophie très différente d'un boitier à objectifs interchangeables, bien que le choix entre trois focales puisse être trompeur. Moi-même, je m'y suis fait prendre, le temps que ma pratique de l'outil m'apprenne à voir les choses tout aussi différemment. En dépit de tous les efforts engagés par FUJIFILM pour proposer d'excellentes conversions de focale, il y aura toujours malheureusement des voix visant à discréditer ces accessoires en les comparant à de vrais objectifs interchangeables sans penser simplement une seule seconde que le X100T a été conçu pour concevoir spontanément des documents forts de sens l'emportant toujours sur la perfection technique. Compte-tenu de la nature des optiques et du type de liaison utilisé pour le montage de ces optiques, il est par ailleurs en effet fort mal aisé de changer de focale fréquemment et qui plus est, en pleine rue. Du coup, un convertisseur a surtout étant conçu pour être installé/demonté dans le calme chez soi avant de sortir conduire un reportage et on laisse le reste à la maison.
Autrement dit avec les convertisseurs, c'est l'histoire qui se répète car on réalise intégralement une séance de reportage du début jusqu'à la fin avec la même focale mais dorénavant, grâce à eux, on a le choix de la focale avant de sortir  :

- Le 28 mm, cher à Garry Winogrand avec le WCL-X100
- Le 35 mm natif du X100T
- Le 50 mm, cher à Henri Cartier-Bresson avec le TCL-X100

Il revient ainsi au photographe de bien choisir sa focale avant de conduire son reportage car il pourra très difficilement en changer mais c'est pas plus mal car c'est à ce prix seulement qu'il devient toujours meilleur au prix d'une bonne anticipation mais également d'une créativité décuplée grâce à son sens de l'observation et ses jambes. De ce fait, on comprend d'autant mieux encore pourquoi avec le X100T, on l'adore ou on ne l'aime pas du tout !

Photographie de rue, vous avez dit cadrage ?

A la consultation de toute une rétrospective d'Eric Kim en anglais sur le travail de Robert Frank (voir), l'un des plus grands photographes de rue au monde, j'ai compris que je n'avais décidément plus à ressentir le moindre scrupule ou pincement au coeur d'aveu d'échec quant à la ré-interprétation du cadrage de mes images prises sur le vif au moment de les publier. Beaucoup de révélations controversées se sont fait jour ces quinze dernières années sur des photographes emblématiques qui furent perçus comme des dieux de la perfection à leur époque. L'instant décisif, la composition parfaite au couperet du déclencheur sont de bons mots d'excellents instructeurs pour vous distiller l'école de la patience ou de l'excellence au viseur mais dans la pratique, on se rend compte qu'ils sont de beaux mythes.

Si l'application au cadrage léché en architecture ou tout autre sujet de nature statique me semble expressément incontournable car nous avons le temps de le chercher, on ne bénéficie pas du même niveau de contrôle de l'image dans des contextes mouvants où l'imprévu est roi. Tout comme j'ai pu constater de la facilité sur le long terme de piéger un sujet avec un viseur clair galiléen inversé tel que l'OVF du FUJIFILM X100T et ceci malgré son imprécision bien connue. Prenant parti de la tendance de Robert Frank à user assez généreusement du ciseau sur ces propres images alors qu'il bénéficiait de l'excellente précision des cadres du télémètre de son LEICA, je fus forcé d'admettre que pour grands comme petits artistes, la photo de rue impose une façon de travailler un peu plus élastique que dans les autres domaines d'application de la photographie quitte à opter carrément pour le format carré.

Poursuivant dans cette logique qu'il convient surtout de s'attarder sur la composition harmonieuse des volumes, de formes mais également de la lumière dans le cadre lumineux délimitant approximativement la zone de tir et considérant qu'il n'y a pas obligatoirement de cadrage léché qui tienne en photo sur le vif, mes derniers travaux du 4 mai 2016 me confortent sur ma nouvelle façon de départager mon usage de l'OVF et de l'EVF du X100T dans la droite ligne de mes observations du dimanche 1er mai précédent...



1er et 2 mai 2016 : La passion doit toujours primer sur la frustration !

"C'est une illusion que les photos sont faites avec un appareil... elles sont faites avec les yeux, le coeur et la tête." 
Henri CARTIER-BRESSON (1908-2004)

"Etre passionné et continuer. La photo, c'est un art, il faut vraiment être passionné et ne jamais abandonner." 
Raymond DEPARDON (1942-)

"Trouvez quelque chose qui vous passionne et photographiez à travers cette obsession avec élégance et vous aurez potentiellement un grand projet." - Martin PARR (1952-)

Trois citations qui pourraient illustrer la situation entourant la nativité de ces images noir et blanc, réalisées les 1er et 2 mai 2016. Le 1er mai fut particulièrement fécond en photographies de rue, tandis que le 2 mai représente l'une des séances photographiques en extérieur les plus catastrophiques de toute mon histoire personnelle (seulement deux images valables sur une très médiocre ration de 17 images produites en trois heures !). La raison pour ce 2 mai si improductif ? Un très très mauvais concours de circonstances entre une météo clémente et des centres-villes déserts dans mon secteur géographique en ce lundi, jour traditionnellement férié pour beaucoup de petites boutiques commerçantes. Trois heures de recherche de sujets à peine perdue et quand je me risquais à photographier, c'était sans conviction et il ne pouvait y avoir alors d'alignement entre la passion, mes yeux, mon coeur et ma tête. Moment de grande frustration pour un photographe. Quoiqu'il en soit, séance après séance dans la rue, de toute évidence, j'utilise de plus en plus le viseur optique du X100T car il est vraiment très très efficace pour la photographie à la volée, réservant dorénavant exclusivement la visée électronique aux cadrages léchés.