Recommencer à l'endroit où on s'est arrêté...

Dimanche 27 mars 2016 - Jardin du Luxembourg (Paris)


Je ne me suis jamais véritablement arrêté à prendre de nouvelles images depuis début novembre 2015 jusqu'à aujourd'hui car même dénué d'appareil, je continuais à photographier...Dans ma tête. J'en ai vu des images intéressantes à portée de mes yeux cet hiver sur le chemin de mon travail mais disons juste qu'il me fallait surtout d'abord trouver mes marques dans mon nouvel espace de vie (nouvelle localité, nouveau département, nouvelle superficie, nouvelle organisation, nouvelles responsabilités) avec toutes les tâches ménagères/administratives que ceci implique mais également réaliser un certain nombre de travaux préliminaires dans ce nouveau domicile pour me permettre de m'épanouir, d'autant que les prochains annoncés ne tarderont guère. Sans compter qu'avant d'envisager me remettre très sérieusement à la photo, il me fallut encore revoir la philosophie de transport de mon FUJIFILM X100T (cela peut prendre un temps de réflexion non négligeable pour trouver la parfaite alchimie, pendant lequel on loupe forcément bien des occasions) et enfin, trouver motivation, énergie, pour me débarrasser de la pression très anxiogène (jadis représentée) par une mise à jour annuelle très importante de mon site internet (projet qui ne put être clairement envisagé depuis ma nouvelle localité qu'après l'ouverture d'une ligne internet haut débit digne de ce nom à la mi-janvier 2016). Dans cette droite ligne, février, surtout mars, ont vu se concrétiser brutalement un important déblocage de ce point de vue avec même des actualisations inespérées tel que mon exposé sur l'imagerie numérique dont je ne parvenais pas à la concrétisation depuis quelques années malgré mes efforts de synthèse ou bien encore dans mes premiers pas vers une totale finalisation de ma version anglaise. Véritablement beaucoup de travail et de réflexion ces cinq derniers mois au milieu d'une existence sociale en totale remise en question, imputant indéniablement très fortement sur mon temps d'observation nécessaire à ma pratique correcte de la photo.


Malgré tant d'efforts et finalement d'une si belle concrétisation de mes projections sans forcément mettre l’œil dans le viseur de mon appareil, je regrette toujours, tous les ans, d'être si peu actif dans l'image, entre novembre et mars ; encore une fois, l'hiver 2015-2016 n'aura pas échappé à cette règle récurrente. Il n'y a même pas eu de neige cette année comme encouragement ultime à satisfaire ma boulimie. L'hiver est une période toutes en nuances de gris que je ne parviens pas à domestiquer car en plus d'être un homme de la lumière, je suis surtout un homme de la couleur, bien que ma pratique de plus en plus régulière du noir&blanc semble indiquer que cette domestication pourrait s'opérer un jour (mais je crois l'avoir déjà mentionné...Sans succès...).


Qu'importe désormais, il ne faut jamais renier sa nature propre, surtout les sujets que l'on aime vraiment, en s’efforçant d'être parfaitement authentique, sans vouloir copier autrui (tant dans son style que dans ses habitudes). C'est à ce prix que l'on se fait globalement apprécier car l'originalité a toujours la primauté sur les copies. On ne construit pas de bonne photo à contre-coeur et quand une photo m'échappe, je me dis désormais souvent par réconfort que je n'avais pas assez de cœur à l'ouvrage pour la réussir. Ainsi, suis-je convaincu en abandonnant certains rêves de ressembler à...Qu'il ne sert à rien de vouloir "ressembler à..." en photographiant des sujets que l'on n'aime pas suffisamment pour réussir leur entrée dans notre cadre mais qu'il convient surtout d'être, d'être modeste avec tout cet enrichissement fabuleux que ceci peut représenter pour les autres.


Ce fameux dimanche, juste après une bonne remise à l'étrier avec le Salon de l'Agriculture 2016 au début du mois de mars, j'ai recommencé la vraie photographie de terrain à l'endroit où je m'étais précisément arrêté cinq mois plus tôt...Avec pour seule devise que l'excès de technique m'aura fait abandonner l'astronomie mais fort heureusement, la poésie m'aura fait embrasser toute la photographie comme la tendresse de la femme aimée et lorsque je ressens celle-ci un peu loin de mon coeur ou de ma ligne de visée, je la recherche pour retomber irrémédiablement dans ses bras !

Salon de l'agriculture 2016



Ce fut le vendredi 4 mars 2016...

Nous pourrions affirmer ce rendez-vous comme une étape importante dans ma progression dans la photo humaniste, pour ne pas dire le moment de vérité de ma lente transformation entamée depuis l'année passée. L'abandon depuis 2015 de mes boitiers reflex pour un simple petit compact télémétrique et l'unique focale de 35mm représente une rupture bien profonde avec mes certitudes de jadis. L'humain que j'excluais systématiquement autrefois dans mes photos pour ne me consacrer qu'aux bovins (mes animaux fétiches) est brutalement devenu une oeuvre-d'art parmi tant d'autres. Avec (in)discrétion, saisissant une scène puis poursuivant mon chemin comme si de rien n'était, pour en saisir une nouvelle quelques mètres plus loin, je me suis très largement épanoui à me faire le plus invisible possible pour saisir bien humblement un fragment du salon de l'agriculture 2016, pour livrer "mon" salon de l'agriculture, tel que je l'ai vu, vécu, ressenti dans le cadre de mon viseur en mettant dans la même ligne ma tête, mon oeil et mon coeur comme le disait avec infinie justesse Henri Cartier-Bresson, afin de crier mon affection pour ce monde de la terre ou pour celui de l'art de la table et ses multiples saveurs du monde...

Mes remerciements, tout particulièrement aux élèves du Lycée Agricole Granvelle de Besançon, pour leur gentillesse, leur joie de vivre et pour m'avoir proposé très spontanément de poser en groupe, le temps d'une photographie autour de leur mascotte : La vache "magique" Marguerite.