1er août 2016 - Château de Champs-sur-Marne

Première séance photo depuis le 12 juin 2016.  Focale de 50mm avec le TCL-X100.

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas séjourné quelques heures dehors à titre purement relaxant de loisir. Ceci constituait le même laps de temps pour ce qui était de la reprise en main de mon FUJIFILM X100T...Tout simplement parce-que je n'avais plus temporairement ma main droite en état de marche suite à une mésaventure assez rare, relatée dans mon autre blog : http://memoires-photographe-arnaud-fiocret.blogspot.fr/2016/06/deux-mois-darret.html. Complémentairement à des séances régulières de kinésithérapie pour rééduquer mon index depuis le 18 juillet, enfin libéré des soins infirmiers tous les deux jours à mon domicile depuis le 30 juillet, la reprise progressive de mes activités apporte une contribution salvatrice à la guérison de ma main droite. Le lieu de cette reprise se situant à seulement quelques kilomètres de mon domicile, il s'agit d'un re-lancement productif tout en douceur. 
Ainsi, ais-je pu constater que si le maniement du boitier photographique s'effectue sans encombres dans le cadrage paysage, il n'en est pas de même en cadrage portrait où l'extendeur de l'index demeure assez douloureux car sollicité en "repli de la main" (détail rappelant que ces deux mois d'arrêt de travail jusqu'au 16 août imposés par le chirurgien ne représentent en rien un abus de confort).






Le TCL-X100 à l'épreuve du feu !

En faisant l'impasse sur mon reportage du dimanche 29 mai 2016 dans l'église Saint-Sulpice tandis que la météo présentait une pluviométrie assez extraordinaire, je passe immédiatement au sujet d'actualité : Mes premiers pas avec le X100T à la focale de 50mm avec son complément optique, le TCL-X100.

J'ai longtemps hésité à franchir le pas car convertisseur englobe pas mal d'idées reçues à consonance négative et ce d'autant que beaucoup d'utilisateurs défendent l'idée que l'apparition, l'installation ainsi que l'utilisation d'un pareil accessoire est contraire à la philosophie originale du X100 (S/T). En premier lieu, la moins engageante de toutes ces idées reçues : L'utilisation d'un convertisseur débouche obligatoirement sur une qualité d'image revue à la baisse. Or, à l'épreuve de la pratique, ce convertisseur se révèle dans la lignée directe de la qualité de tous les objectifs FUJINON dont beaucoup d'utilisateurs sont très fiers d'afficher : C'est à dire...Hallucinante ! Les plus réfractaires au TCL-X100 défendent majoritairement l'idée (quand ce n'est pas celle du sacrifice de la qualité d'image) que cette pièce défigure l'appareil de part sa taille non négligeable avec une lentille frontale imposante de 67mm mais préférant les confrontations du terrain, j'ai remarqué un bon accueil de cette configuration parmi les sujets photographiés. La distance de confort augmentée de deux pas en arrière par rapport au 35mm vis à vis de mes sujets représente un réel confort et ceci n'est pas étranger non plus à mon enthousiasme car il s'agit très certainement de ma focale de prédilection, tout du moins pour la photo sur le vif.

A cause de cette pluviométrie extraordinaire, la semaine qui suivra mon reportage dans l'église Saint-Sulpice sera l'occasion d'observer une montée incroyablement rapide et élevée de la Seine dans Paris, au point que vendredi 3 juin au soir, les autorités évaluent le risque d'une crue à 6,50m soit la plus haute montée des eaux depuis plus de trente ans avec comme repère historique, la crue de 1982 à 6,18m. En finalité, samedi 4 juin à 2h du matin, la Seine atteint son maximum à 6,10m avant d'enclencher une très lente décrue de 1cm/heure. L'amélioration sensible de la météo permet de confirmer cette décrue puisque le dimanche 5 juin à 17h, heure à laquelle je cesse mon reportage photo après un après-midi complet à évaluer le phénomène de mes propres yeux, la Seine affiche une hauteur minorée de 5,62m.

Sans plus attendre, voici quelques images de cette crue de la Seine et de la rue :











Après un an et demi d'utilisation, quelles conclusions ?

Un an et demi que j'utilise désormais exclusivement le FUJI X100T pour produire mes images. Mes deux boitiers NIKON et leurs six objectifs (focales de 10 à 300mm) dorment paisiblement sous une bonne couche de poussière ; rien ne me semble indiquer aujourd'hui qu'ils puissent me resservir un jour. Une seule chose me semble à mon sens réellement acquise, c'est un retour définitif bienveillant et très confortable à la simplicité.

Gil alias "Le Fujiste" résume d'ailleurs fort bien la situation dans son article Retour à la simplicité dans lequel il parle avec une grande objectivité de l'identique volte-face salvateur. 

Après avoir dévisagé la Lune et les planètes à 4000mm de focale, après avoir taquiné la faune avec un téléobjectif de 300mm ou une lunette ED de 600mm, après avoir bien largement défiguré les perspectives de certains intérieurs de cathédrales avec un fish-eye de 10,5mm, rien ne me fait plus plaisir aujourd'hui de me cantonner à la vision humaine des 28, 35 et 50mm du FUJI X100T. 

La conclusion est sans appel : Il s'agit du seul et véritable appareil dont j'avais besoin.

Conclusion d'autant plus facile à établir si on croit le témoignage en anglais de Bill Palmer.

Le X100T répond parfaitement au concept d'hexagone photographique.


"L'artiste-reporter exige tout de lui. 
Il ne s'agit pas seulement d'un faiseur d'images. Il est en réalité un peu tout à la fois : observateur, biographe, dessinateur, journaliste, poète et romancier. Il est cet hexagone souverain insatiable de curiosité, continuellement tiraillé par la recherche de constance, de qualité et d'efficacité dans ses observations, comme la France ayant vu naître beaucoup de pionniers de la photographie. Passionné éternel de sa discipline et prisonnier de l'image, il lui faut aimer toujours pour demeurer audacieux, authentique et impliqué ; ceci malgré tous les risques de produire quelques œuvres pouvant paraître maladroites ou mal comprises. En s'efforçant d'être lui-même en surpassant le jugement des autres par sa résistance propre à la diabolique tentation de faire ressembler ses œuvres à quelqu'un d'autre, il écrit peu à peu le livre de sa vie, un livre absolument unique parmi tant d'autres, un livre de témoignages avec lequel son plus terrible détracteur se devra de composer tel le sillon constant et bien droit d'une pensée véritable. Mieux que quiconque, il est à même de ressentir profondément le bien-fondé d'un cliché. C'est de ce travail continuel de l'intelligence et du cœur d'une incontournable constance dont il tirera sa puissance d'auteur. 
Aux prises avec des instants fugitifs où les rapports sont mouvants, sa qualité de compositeur s'impose progressivement au fur et à mesure où il accepte d'écouter son intuition au bon milieu de la mare de probabilités dans lequel il est plongé. Comme la morue, c'est en multipliant les tentatives comme des œufs qu'il augmente la probabilité de l'éclosion d'oeuvres remarquables. L'efficacité vient ensuite par la conjugaison de spontanéité et de simplicité dans l'action. Libéré du poids écrasant de la traumatisante expérience du syndrome de l'accumulation de matériel, il simplifie à l'extrême son instrument d'expression afin de magnifier ce qui reste en lui de la réceptivité de l'enfant qui regarde le monde pour la première fois. L'appareil photo, simple, léger, discret, silencieux, très aisément transportable, se limitant dorénavant à une focale unique, il se fait oublier à l'égal d'un carnet de croquis pour que, à la moindre émotion, au moindre choc, concentration, sensibilité et sens de la géométrie puissent être les seuls guides de cet instant durant lequel l'artiste est réellement créatif. Après tant de déclenchements pour « signifier » le monde, il réalise en art comme en amour que l'instinct suffit et que pour sacrer le tout, la simplicité est la réussite absolue telle une récompense venant couronner l'art."

Vous avez dit convertisseurs ?

Photo - Copyright Evan FORGET

Après un an et demi de pratique exclusive de ma focale de prédilection qu'est le 35mm, le FUJIFILM X100T s'est intégralement incrusté dans ma pratique photographique et il me semble désormais très difficile de pouvoir travailler avec un boitier à objectifs interchangeables. Comme beaucoup en ont conclu : Le X100T adopte son propriétaire et non l'inverse. Avec le X100T, cela passe ou casse car sa philosophie est particulière tout comme les M de LEICA. Compact, discret, silencieux, léger, mon geste photographique est devenu naturel en me permettant sans prise de tête de mener des reportages n'importe où et je lui doit notamment aujourd'hui de pouvoir me consacrer à l'architecture religieuse en plein Paris ou bien encore ma conversion réussie à la photographie urbaine en extérieur. Cantonné jusqu'alors au 35mm, j'avais pourtant acheté en avril 2015 le convertisseur grand angle qui n'a jamais servi jusqu'à ce jour et en ce début de juin 2016, le téléconvertisseur est venu enrichir mes accessoires. A 600 euros les deux convertisseurs, la somme n'est pas anodine et ces achats répartis sur une période de 13 mois vont pouvoir prendre toute leur signification à partir de maintenant.

Dorénavant en possession d'un ensemble complet "de poche", il faut bien se mettre à l'évidence que le X100T défend une philosophie très différente d'un boitier à objectifs interchangeables, bien que le choix entre trois focales puisse être trompeur. Moi-même, je m'y suis fait prendre, le temps que ma pratique de l'outil m'apprenne à voir les choses tout aussi différemment. En dépit de tous les efforts engagés par FUJIFILM pour proposer d'excellentes conversions de focale, il y aura toujours malheureusement des voix visant à discréditer ces accessoires en les comparant à de vrais objectifs interchangeables sans penser simplement une seule seconde que le X100T a été conçu pour concevoir spontanément des documents forts de sens l'emportant toujours sur la perfection technique. Compte-tenu de la nature des optiques et du type de liaison utilisé pour le montage de ces optiques, il est par ailleurs en effet fort mal aisé de changer de focale fréquemment et qui plus est, en pleine rue. Du coup, un convertisseur a surtout étant conçu pour être installé/demonté dans le calme chez soi avant de sortir conduire un reportage et on laisse le reste à la maison.
Autrement dit avec les convertisseurs, c'est l'histoire qui se répète car on réalise intégralement une séance de reportage du début jusqu'à la fin avec la même focale mais dorénavant, grâce à eux, on a le choix de la focale avant de sortir  :

- Le 28 mm, cher à Garry Winogrand avec le WCL-X100
- Le 35 mm natif du X100T
- Le 50 mm, cher à Henri Cartier-Bresson avec le TCL-X100

Il revient ainsi au photographe de bien choisir sa focale avant de conduire son reportage car il pourra très difficilement en changer mais c'est pas plus mal car c'est à ce prix seulement qu'il devient toujours meilleur au prix d'une bonne anticipation mais également d'une créativité décuplée grâce à son sens de l'observation et ses jambes. De ce fait, on comprend d'autant mieux encore pourquoi avec le X100T, on l'adore ou on ne l'aime pas du tout !

Photographie de rue, vous avez dit cadrage ?

A la consultation de toute une rétrospective d'Eric Kim en anglais sur le travail de Robert Frank (voir), l'un des plus grands photographes de rue au monde, j'ai compris que je n'avais décidément plus à ressentir le moindre scrupule ou pincement au coeur d'aveu d'échec quant à la ré-interprétation du cadrage de mes images prises sur le vif au moment de les publier. Beaucoup de révélations controversées se sont fait jour ces quinze dernières années sur des photographes emblématiques qui furent perçus comme des dieux de la perfection à leur époque. L'instant décisif, la composition parfaite au couperet du déclencheur sont de bons mots d'excellents instructeurs pour vous distiller l'école de la patience ou de l'excellence au viseur mais dans la pratique, on se rend compte qu'ils sont de beaux mythes.

Si l'application au cadrage léché en architecture ou tout autre sujet de nature statique me semble expressément incontournable car nous avons le temps de le chercher, on ne bénéficie pas du même niveau de contrôle de l'image dans des contextes mouvants où l'imprévu est roi. Tout comme j'ai pu constater de la facilité sur le long terme de piéger un sujet avec un viseur clair galiléen inversé tel que l'OVF du FUJIFILM X100T et ceci malgré son imprécision bien connue. Prenant parti de la tendance de Robert Frank à user assez généreusement du ciseau sur ces propres images alors qu'il bénéficiait de l'excellente précision des cadres du télémètre de son LEICA, je fus forcé d'admettre que pour grands comme petits artistes, la photo de rue impose une façon de travailler un peu plus élastique que dans les autres domaines d'application de la photographie quitte à opter carrément pour le format carré.

Poursuivant dans cette logique qu'il convient surtout de s'attarder sur la composition harmonieuse des volumes, de formes mais également de la lumière dans le cadre lumineux délimitant approximativement la zone de tir et considérant qu'il n'y a pas obligatoirement de cadrage léché qui tienne en photo sur le vif, mes derniers travaux du 4 mai 2016 me confortent sur ma nouvelle façon de départager mon usage de l'OVF et de l'EVF du X100T dans la droite ligne de mes observations du dimanche 1er mai précédent...